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Le contrôle de la vision du cheval : un point trop souvent oublié

il y a 9 heures
4 min de lecture

Et si certains chevaux ne voyaient pas aussi bien que nous le pensons ?


par le Dr Marylise Pompignac


Lorsqu’un cheval hésite devant une zone d’ombre, relève la tête ou sursaute devant un objet, nous évoquons facilement la peur, le caractère ou l’éducation. Pourtant, une autre question mérite parfois d’être posée : comment voit-il réellement son environnement ?



  1. Des yeux adaptés à la surveillance de l’environnement


Ses grands yeux, placés sur les côtés de la tête, lui offrent un large champ visuel. La vision est principalement monoculaire sur les côtés, avec une zone de vision binoculaire vers l’avant. Des angles morts subsistent, notamment derrière lui et immédiatement devant son front. Les mouvements de tête lui permettent d’explorer autrement son environnement [2, 12].


Voir largement ne signifie cependant pas distinguer partout les détails avec la même précision. L’acuité visuelle — la capacité à séparer des détails fins — est notamment favorisée par une bande spécialisée de la rétine. Timney et Keil (1992) ont mesuré cette capacité chez trois chevaux et observé des différences individuelles : leur étude ne permet donc pas d’attribuer une acuité unique à toute l’espèce [1].



Le cheval ne voit pas en noir et blanc. Sa vision est dichromatique : il possède deux catégories de cônes, contre trois chez la plupart des humains. Il distingue notamment des informations correspondant aux bleus et aux jaunes, mais certaines différences sur notre axe rouge–vert sont moins discriminables. Le contraste de luminosité entre un objet et son arrière-plan contribue aussi à sa visibilité [3, 4].


  1. De la lumière à l’ombre : une adaptation nécessaire


La pupille du cheval se resserre en une ouverture horizontale lorsque la lumière augmente et se dilate lorsqu’elle diminue. Les « grains de suie », ou corpora nigra, situés au bord de la pupille, contribuent à protéger l’œil de la lumière vive [12].

Sa rétine comporte des bâtonnets sensibles aux faibles éclairages. Une couche réfléchissante, le tapetum lucidum, renvoie la lumière vers les photorécepteurs et améliore sa sensibilité. Hanggi et Ingersoll (2009) ont ainsi montré que des chevaux pouvaient distinguer des formes et contourner des obstacles dans un éclairage très faible [9, 10].



Mais bien voir dans la pénombre ne signifie pas s’adapter instantanément à une transition lumineuse. Passer d’une cour ensoleillée à un van sombre nécessite un ajustement visuel. Chez six poneys étudiés par électrorétinographie, les réponses rétiniennes approchaient leur plateau après vingt minutes d’obscurité [11]. Il ne s’agit pas d’un délai obligatoire avant chaque déplacement, ni de la preuve que le cheval s’adapte plus lentement que l’humain.


Une ombre marquée ou une rupture de contraste peut donc inviter le cheval à examiner le passage. Lui laisser ce temps, sans assimiler immédiatement son hésitation à un refus, tient compte de son expérience perceptive.


  1. Tous les chevaux ne voient pas de la même manière


Des différences de réfraction — la manière dont l’œil focalise la lumière — existent entre individus. Bracun, Ellis et Hall (2014), sur 333 chevaux et poneys, ont trouvé une réfraction proche de la normale dans 83,6 % des yeux. Une différence entre les deux yeux concernait 30,3 % des animaux, sans signifier qu’ils étaient tous malvoyants. Charnock et ses collègues (2023), sur 690 chevaux, ont confirmé ces variations, avec des fréquences différentes selon les critères et les populations [5, 6].


Chez les chevaux âgés, certaines anomalies peuvent aussi rester peu repérées. Malalana et ses collègues (2019) en ont observé chez 87,8 % des 327 chevaux examinés, âgés d’au moins quinze ans, alors que les affections rapportées par les propriétaires étaient peu fréquentes. Ce chiffre ne correspond pas à un taux de malvoyance et ne peut être généralisé sans tenir compte du recrutement de l’étude [7].


  1. Comprendre avant de qualifier


Des collisions, une hésitation nouvelle ou des réactions différentes selon le côté d’approche justifient une observation attentive et peuvent motiver un examen vétérinaire. Le comportement seul ne permet pas de diagnostiquer un trouble visuel.

Pour nos chevaux, l’enjeu est de considérer chaque individu. Avant de le qualifier de peureux, récalcitrant ou inattentif, interrogeons aussi ses capacités sensorielles.

Car observer le comportement, c’est chercher à comprendre le monde tel que le cheval est capable de le percevoir.


Marylise POMPIGNAC,

Docteure en Éthologie & Psychobiologie, Praticienne en Shiatsu équin, Chargée d'enseignement en Éthologie et connaissances du cheval. marylisepompignac@gmail.com



  1. Références scientifiques


[1] Timney, B. & Keil, K. (1992). Visual acuity in the horse. Vision Research, 32(12), 2289–2293. https://doi.org/10.1016/0042-6989(92)90092-W


[2] Harman, A. M., Moore, S., Hoskins, R. & Keller, P. (1999). Horse vision and an explanation for the visual behaviour originally explained by the ‘ramp retina’. Equine Veterinary Journal, 31(5), 384–390. https://doi.org/10.1111/j.2042-3306.1999.tb03837.x


[3] Carroll, J., Murphy, C. J., Neitz, M., Ver Hoeve, J. N. & Neitz, J. (2001). Photopigment basis for dichromatic color vision in the horse. Journal of Vision, 1(2), 80–87. https://doi.org/10.1167/1.2.2


[4] Macuda, T. & Timney, B. (1999). Luminance and chromatic discrimination in the horse (Equus caballus). Behavioural Processes, 44(3), 301–307. https://doi.org/10.1016/S0376-6357(98)00039-4


[5] Bracun, A., Ellis, A. D. & Hall, C. (2014). A retinoscopic survey of 333 horses and ponies in the UK. Veterinary Ophthalmology, 17(Suppl. 1), 90–96. https://doi.org/10.1111/vop.12158


[6] Charnock, L. N., Davidson, M. G., Keys, D. A., Gilger, B. C. & McMullen, R. J. Jr. (2023). Prevalence, differences, and potential correlation to age, sex, breed, coat color, iris color, and geographic location in naturally occurring refractive errors in the normal equine eye from Germany and North Carolina. Veterinary Ophthalmology. https://doi.org/10.1111/vop.13061


[7] Malalana, F., McGowan, T. W., Ireland, J. L., Pinchbeck, G. L. & McGowan, C. M. (2019). Prevalence of owner-reported ocular problems and veterinary ocular findings in a population of horses aged ≥15 years. Equine Veterinary Journal, 51(2), 212–217. https://doi.org/10.1111/evj.13005


[8] Farrall, H. & Handscombe, M. C. (1990). Follow-up report of a case of surgical aphakia with an analysis of equine visual function. Equine Veterinary Journal, Supplement 10, 91–93. https://doi.org/10.1111/j.2042-3306.1990.tb04721.x


[9] Rørvang, M. V., Nielsen, B. L. & McLean, A. N. (2020). Sensory Abilities of Horses and Their Importance for Equitation Science. Frontiers in Veterinary Science, 7, 633. https://doi.org/10.3389/fvets.2020.00633


[10] Hanggi, E. B. & Ingersoll, J. F. (2009). Stimulus discrimination by horses under scotopic conditions. Behavioural Processes, 82(1), 45–50. https://doi.org/10.1016/j.beproc.2009.04.009


[11] Ben-Shlomo, G., Plummer, C., Barrie, K. & Brooks, D. (2012). Characterization of the normal dark adaptation curve of the horse. Veterinary Ophthalmology, 15(1), 42–45. https://doi.org/10.1111/j.1463-5224.2011.00923.x



[12] Roth, L. S. V. & McGreevy, P. (2025). Horse vision through two lenses: Tinbergen’s Four Questions and the Five Domains. Frontiers in Veterinary Science, 12, 1647911. https://doi.org/10.3389/fvets.2025.1647911

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